01 / LE PAYSAGE
Une longue ligne au pied des collines.
Le Grand Shambala s’inscrit dans l’histoire agricole du lieu. Quand nous sommes arrivés à LAOM en 2021, il y avait un hameau, des bâtiments à reprendre, des bois et une rivière. Le chantier est parti de ce qui était là : un terrain, une présence bâtie, et la possibilité d’y organiser une vie collective.
Sur la photographie d’ensemble, la toiture donne la première mesure du bâtiment. Sa ligne étirée accompagne le relief derrière elle. Au premier plan, les palettes, les matériaux et le sol encore brut montrent un édifice en transformation. C’est ce moment qui m’intéresse ici : quand le volume est lisible, mais que ses usages restent à construire.
Le plan de masse du dossier modificatif cote cette longueur à quarante mètres. À cette échelle, une façade ne se perçoit pas d’un seul regard. On la longe. Les ouvertures, les accès et les terrasses deviennent les repères d’une promenade le long du bâtiment.
02 / LA COUPE
Lire le bâtiment de bas en haut.
La coupe rend visible ce qu’une photographie de façade cache. Le dessin du projet associe un soubassement maçonné, des parois en paille porteuse compactée, un plancher bois et une toiture sur fermettes. Le bois est bien présent : il apparaît dans le plancher et dans la triangulation de la charpente.

La planche PC3 indique trois mètres pour le niveau bas et deux mètres cinquante pour le niveau haut. Elle dessine aussi une épaisseur de plancher de quarante centimètres. Ces cotes permettent de comprendre les proportions projetées : une base plus haute, un étage plus contenu, puis le volume de la toiture.

À l’extérieur, les terrasses prolongent le niveau haut. La coupe montre leur rapport au sol et aux pièces intérieures, ainsi que la différence entre le corps principal et ces éléments plus légers. Elle donne une lecture spatiale du projet ; elle ne décrit pas à elle seule tous les assemblages du chantier.
03 / L’ÉPAISSEUR
Le mur devient un endroit.
Dans une paroi épaisse, la fenêtre crée un petit espace entre dedans et dehors. Il y a un tableau, une profondeur, une ombre. Sur la photographie d’ouverture, je peux m’asseoir dans le mur avant même que la menuiserie soit posée.
Ce geste change ma manière de regarder le bâtiment. L’ouverture a une dimension à laquelle le corps répond. On s’y approche, on s’y appuie, on y reste un moment. Le paysage est toujours le même, mais le cadre construit lui donne une autre présence.

À cet endroit, l’épaisseur du mur est aussi une manière d’habiter.
La façade ouest du projet reprend le travail du cadre à une autre échelle : deux bandes de fenêtres et, dans le pignon, un motif rayonnant. Le dessin met en relation la ligne du toit, les ouvertures et le signe donné au lieu.

04 / LA MATIÈRE
Du gros volume au passage de taloche.
Le levage d’une botte et la finition d’un enduit demandent deux attentions différentes. Le premier geste engage le volume entier ; le second se joue sur quelques millimètres. Le chantier oblige à passer continuellement de l’un à l’autre.
Dans mon récit de février 2026, je parlais des murs repris, des poutres à corriger et des journées passées à refaire. Puis venaient les enduits. Avec la terre du terrain, une question de surface devenait une question de regard : la nuance, le grain, les traces laissées par l’outil et la lumière qui les révèle.
La planche de façade prévoit à l’extérieur des enduits à la chaux de ton terre naturelle et des habillages en acier Corten. La terre des enduits intérieurs et la teinte extérieure participent ainsi à deux lectures du bâtiment : celle que l’on éprouve de près, à la main, et celle que l’on perçoit dans le paysage.
Ce passage du bâtiment à la surface nourrit ce que j’appelle la Fractale du Beau. Le soin apporté à un détail peut rendre perceptible l’attention portée à l’ensemble. Il faut aussi accepter le temps nécessaire pour l’obtenir.
05 / HABITER ENSEMBLE
Un grand volume, plusieurs distances.
La coupe longitudinale donne à voir les deux niveaux dans toute leur longueur. Des séparations interrompent la continuité du volume ; les ouvertures rythment les espaces. Le bâtiment commun contient plusieurs situations, plusieurs manières d’être présent.

Dans le récit du projet, logements, espaces d’accueil et pièces partagées se côtoient. La question reste très quotidienne : pouvoir rejoindre les autres et pouvoir fermer sa porte. Une grande surface ne garantit pas cet équilibre. Il se construit dans les accès, les seuils, les distances et les règles que les habitants se donnent.
C’est là que l’architecture rejoint pour moi la vie collective. Un dessin permet de poser les pièces les unes à côté des autres. Habiter demande ensuite de voir comment elles fonctionnent, ce qui rassemble et ce qui fatigue, ce qu’il faut ajuster.
Le Grand Shambala est encore un chantier. Je veux en garder des documents qui montrent ses étapes : ce que les plans proposent, ce que la matière permet, et ce que l’expérience nous oblige à reprendre.
Documents & méthode
Ce dossier croise le récit « Grand Shambala » du 3 février 2026, les photographies de chantier et les planches PC2-3, PC3 et PC5 du dossier modificatif daté du 13 août 2026. Les vues techniques reproduisent des extraits des planches. Les deux croquis sont des dessins éditoriaux réalisés pour cette lecture.
Précisions sur les dessins et les cotes
Les plans représentent le projet documenté à leur date, et non un relevé de l’ouvrage réalisé. Les cotes citées proviennent des planches : longueur 40,00 m sur PC2-3 ; hauteurs 3,00 m et 2,50 m et plancher 0,40 m sur PC3. Les croquis sont sans échelle. Les noms des intervenants et la maîtrise d’œuvre ne sont pas attribués ici faute de crédits vérifiés dans les documents consultés.



